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« JE PENSE UNDERGROUND DONC JE SUIS… »

Par Nicolas George le 09-11-2010
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Hier reclus et adressée un microcosme tant culturel, musical que social, la Culture Underground s’ouvre aujourd’hui à un public plus vaste, une population avide de découvrir des choses nouvelles, qui existent certes déjà, mais tout du moins les faire ressortir au grand jour. Maintenant, il est de bon ton de se dire « Underground » dans son mode de vie. Alors l’underground est-il devenu « branché » ? Assiste t-on à l’émergence d’un nouveau phénomène de mode ? N’est-ce pas la mort de l’Underground, le vrai ? Une question demeure… Sait-on vraiment ce qu’ « Underground » veut dire ?
Je n’ai pas la prétention de répondre à ces questions ni celle de me considérer comme quelqu´un d’« Underground », mais c’est juste une envie de vous éclairer sur cette « sub culture » qui, aujourd’hui, sort des bas fonds pour truster le devant des différentes « scènes » de la vie. L´underground c’est une culture, un état d’esprit, une âme…

ETRE UNDERGROUND, C’EST QUOI ?
C´est certes une façon d´être, de vivre et de réagir au monde qui nous entoure mais c’est aussi le simple fait d´éviter au maximum tout ce qui est « mainstream ». Etre « Underground » c’est avoir une forte ouverture d´esprit, une envie irrésistible d´enfreindre les lois, une chose qui nous soude et nous rends plus fort… C’est un peu tout ça…
L’Underground c´est avant tout un état d´esprit, celui de vouloir se faire plaisir sans s´occuper de ce que pense les autres. Pouvoir faire ce que l´on veux, sans avoir à se justifer. Ne pas prendre en compte le fameux bon sens morale que nous impose le monde dans lequel on vit, ce faire plaisir sans penser au reste. C´est un peu être libre en somme.
Cela se traduit de différentes façon, par exemple c´est vouloir écouter de la musique électronique, celle qui nous plait, allez la chercher plus ou moins loin, la choisir avec nos oreilles et notre coeur sans avoir à être influencé par telle radio ou tel courant musical.
Lorsque l´on arrive à se faire plaisir de la sorte, on comprend enfin la manipulation constante qui nous entoure. Constamment, les médias nous rappellent ce qui est bien pour nous, et bizarrement c´est souvent assez éloigné de ce que nous pensons au fond de nous.
Peut-être qu’un côté Underground sommeil dans chacun de nous, il suffit juste de ne pas avoir peur de l’exprimer… Ceux qui ont su le faire se sont retrouvés dans un microcosme artistique, culturel et social, développant leurs idées, idées et projets qui aujourd’hui sont bel et bien devenus branchés. Cette âme underground à coté plutôt positif : Le fait de se serrer les coudes. Et oui petit paradoxe, bien qu´il s´agisse avant tout de se faire plaisir, on prend conscience de la difficulté de la chose et c´est donc quasi naturellement que l´on aide tout ceux qui comme nous essayent de se faire plaisir. C’est sans doute ce qui explique la « communauté underground ». Tout ces gens issus d´univers et d´éducation différente se retrouvent ensemble pour faire la fête sans concession. Tous plus ou moins potes sans pourtant avoir grand chose en commun à part l´underground !
Etre « Underground » c´est peut-être aussi de refuser de grandir, car cela demande de faire des concessions sur son mode de vie, ses fréquentations, ses sorties, ses dépenses d´argent. Etre Underground c´est vivre sans concession face à la société qui trace une voie à l´avance. Etre underground c´est prendre les chemins de traverse, c´est se compliquer la vie pour mieux l´apprécier. En gros être underground c´est tracer sa propre voie refusant toute compromission dans un but mercantile… En tout cas c’était comme ça au début… Dans les faits, l´underground c´est La Factory, le Larzac. Le Deuxième Sexe, Yves Klein et les débuts du body art, Andy Warhol, le théâtre de rue, le LSD, Guy Debord et les situationnistes, les Freaks et les lunettes Bonzo, Pierrot le Fou, mai 68, la musique électronique, rock et punk, l´écologie, Green Peace… Bref le kiffe !
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L’UNDERGROUND CA VIENT D’OU ?
En fait l’Underground vient de partout, mais c´est dans les années 60 et 70 que la culture underground a indiscutablement connu son âge d´or, débouchant sur une œuvre artistique dont on n´a toujours pas fini de ressentir les secousses sismiques. Si l´underground a su briller avec une rare intensité dans tous les domaines artistiques, c´est sans aucun doute dans la musique que le genre s´est surpassé. Partout, aux Etats-Unis, en France, en Jamaïque comme en Allemagne, des musiciens déviants ont su secouer le cocotier du conformisme pour signer des disques servant encore aujourd´hui de manifestes sonores.
Dans la littérature aussi,  l’underground a fait du bruit… Quoi de commun entre un romancier beatnik comme Jack Kerouac, un autre stupéfiant comme William Burroughs, un théoricien situationniste comme Raoul Vaneigeim, un « rock critic » comme Lester Bangs ou encore un leader politique noir américain comme Malcolm X ? A priori pas grand-chose, si ce n´est le fait que ces hommes n´ont pas vécu comme tout le monde et surtout rien dit comme les autres. On peut appeler ça l´underground, ce qui veut surtout dire une chose : les bons livres s´écrivent toujours dans les souterrains et le négatif du réel. 
Et dans le cinéma ? Loin des canons d´Hollywood, les cinéastes indépendants de l´underground ont inventé un nouveau vocabulaire (caméra à l´épaule, lumières naturelles, réalisme sauvage et abandon des studios) que parlent encore bon nombre d´apprentis sorciers du 7 art trente ans plus tard, le Dogme en étant l´exemple le plus évident. De Godard à Cassavetes en passant par Pasolini ou Barjol, les films montrent que la modernité et le goût du risque cinématographiques ne sont pas l´apanage des années 90, loin s´en faut…

L’UNDERGROUND SUR LE DEVANT DE LA SCENE…
DE LA MUSIQUE AU CINEMA, LA CULTURE UNDERGROUND FAIT VENDRE…
Et là est tout le paradoxe, car aujourd’hui tout s’inverse… Cette culture seulement réservée aux initiés se retrouve aujourd’hui sur le devant des bacs à la FNAC ou au Virgin, dans les émissions de radios, à la télévision, dans les rayons de tête des librairies, dans les galeries d’art, dans le clubbing… L’Underground ouvre ses portes et pire, il fait vendre !
Longtemps cantonné dans les bas fonds des guettos urbains ou les usines désaffectées, la scène musicale underground truste aujourd’hui les radios et les clubs… Que ce soit le Hip Hop ou les musiques électroniques, ces différents genres musicaux émergent pour devenir quasiment incontournables. La musique électronique est apparue en 1974 avec le duo allemand Kraftwerk qui s’émancipait sur des sons expérimentaux faits principalement sur des machines. Le mouvement s’est développé dans les années 80 dans la mythique ville de Détroit, berceau de la Techno. Quoiqu’il en soit, les premières influences de l’électro sont bien issues de l’underground avec la new wave, le punk et les thèmes musicaux futuristes. Aujourd’hui, les musiques électroniques font partie des plus grosses ventes de Cd’s et les radios les diffusent en boucle, même les ondes les plus commerciales. Radio FG en a fait de la musique underground son fer de lance depuis des années, mais aujourd’hui, des stations plus populaires surfent sur la vague underground.
Côté Hip-Hop c’est encore plus flagrant… La culture Hip-Hop Underground a vu le jour avec les premiers tags à New York dans le début des années 70. Ce mouvement culturel et artistique est présent dans le monde entier. Les quatre principaux éléments de la culture hip-hop sont le rap, et plus généralement le hip-hop, le graffiti, le Djing, le break dance et les autres danses hip-hop. Les précurseurs étaient Afrika Bambataa et la Zulu Nation, mais aussi KRS One, Public Ennemy, Grand Master Flash, Run DMC… C’est seulement 10 ans après que la culture Hip Hop arrive en France grâce d’ailleurs à la tournée d’Afrika Bambataa. C’est l’émergence de groupe comme NTM, Assassin ou IAM, ou des personnages comme Dee Nasty… Le rap en France s’ouvre au grand public en 1984 avec l’émission H.I.P H.O.P présenté par Sydney, sur Radio Nova, symbole de la culture underground, puis sur Skyrock, la station 100% rap... L’underground devient populaire… Tellement populaire aujourd’hui que les guettos font tomber leurs frontières. Les jeunes de quartier croient en leur musique et leur talent et propulsent la culture underground sur le devant de la scène. L’exemple du collectif Mafia K’1 Fry est édifiant. La Mafia K´1 Fry est un collectif de rappeurs issus en majorité du Val-de-Marne, fondé 1995 autour de Kery James (leader de Ideal J) et Manu Key (leader de Different Teep). Il est composé de rappeurs de Vitry, Choisy, d’Orly voire d’Ivry et Joinville-le-Pont. Reconnu pour son authenticité dans la musique, la Mafia a regroupé des artistes issus de l’underground avec des breakers, des graffeurs, des backeurs sur scène, de beatboxeurs et des Dj’s. A l’heure actuelle c’est près de 16 membres et plus d’un million d’albums vendus et des jeunes qui s’identifient a leur philosophie. Tu veux être underground alors tu es Mafia K’1 Fry (rires) ! D’autres groupe issus de l’underground et des guettos ont percé, je pense à la Brigade ou à la Mafia Trece… Bref, l’underground fait vendre…
Au cinéma, l’underground aussi a percé le grand écran… En France, la nouvelle vague est apparue dans les années d’après guerre alors que de jeunes cinéphiles tels que Godard, Truffaut, Rivette, Valcroze, aspiraient à une vie libre et sans convention. Alors que le cinéma de cette époque était dépourvu de créativité et se contentait d’être un simple support au roman, ces jeunes cinéphiles ont réinstauré le cinéma d’auteur en revoyant tout le fondement du cinéma. Ainsi, la règle de continuité n’est parfois plus respectée, le point de vue du spectateur est parfois pris en considération dans le film. Le réalisateur ne cherche plus à tromper le spectateur avec du faux vrai mais à montrer la réalité du cinéma comme elle est. Aujourd’hui, ce genre à la part belle sur les écrans…
Dans le domaine culturel et artistique beaucoup de collectifs se montrent tels qu’ils sont, sortent de leurs tanières pour explorer le monde et faire connaître leur état d’esprit. Je pense à « Kitsune », collectif d’artistes français et japonais qui se sont servis de leur science de l’underground pour attaquer les milieux branchés tant dans la musique que le graphisme mais aussi dans la fringue. Communication décalée, soirées très privées, presque secrètes, musique électro souvent expérimentale, la recette fonctionne. Plus récemment, le collectif parisien « Eleganz » se taille une belle place dans le réseau underground de la capitale. Des membres dispatchés dans chaque arrondissement avec chacun un nom et une spécialité. Au final ce sont des créations incroyables et les meilleures « battle » derrière les platines des clubs les plus branchés de la ville. On pourrait citer encore le collectif « Kourtrajmé » lancé par Kim Chapiron (réalisateur de « Sheitan » et de nombreux clips) et ses potes, ou quand les bobos parisiens fréquentent le milieu Hip Hop hardcore, pour des créations dantesques.
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EPILOGUE…
Il est de bon ton de se dire aujourd’hui « Underground » pour pénétrer les meilleures soirées, les meilleurs endroits et fréquenter les personnalités artistiques les plus influentes ou qui le deviendront dans les années à venir. Mais attention, n’est pas « Underground » qui veut, tout comme n’est pas branché qui veut. On ne le devient pas, c’est une philosophie, une façon d’être, une manière de penser. Il ne te suffira pas d’aller acheter une toile d’Andy Warhol, de te mettre au graf en écoutant la Mafia K’1 Fry et en bouquinant du William Burroughs … Un minimum de culture urbaine, artistique et musicale est indispensable pour se prétendre underground et faire partie de ce qui pourrait être le nouvel adage du siècle prochain… « Je pense Underground donc je suis »…

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