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KARL ZERO

Par Nicolas George le 09-11-2010
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À l’heure ou l’Amérique décide de son nouveau président, c’est une page qui se tourne pour la plus grande puissance mondiale et pour Georges W Bush... Qu’a t-il fait de de son pays, que retiendra t’on de lui à par « pas grand chose », un homme est bien placé pour en parler : Karl Zero. L’auteur (avec son pote Michel Royer) de « Being W » (toujours dans les salles) revient pour nous sur les coulisses de son film et sur la personnalité de l’ex-président américain...

CHRIS

 

 

Après Jacques Chirac, pourquoi avoir choisi George Bush comme modèle de l’autobiographie non autorisée ?

Le succès de « Dans la peau de Jacques Chirac » nous a montré que ce principe, une voix-off d’imitateur sur un montage de vraies archives, fonctionne très bien, à condition que le personnage s’y prête vraiment. Avec Michel Royer, on se demandait qui faire après Chirac... George W Bush est une énigme. Le sujet s’imposait donc... Comment est-il possible de diriger pendant huit ans « le plus grand pays à la surface de la terre », comme il le dit, et être en même temps considéré par la majorité des habitants de la surface de la terre comme le plus grand idiot... à la surface de la terre ? Et puis, c’est au moment du départ d’un président qu’il faut s’intéresser à lui de près...

Comment résumerais-tu l’histoire de George Bush en quelques mots ?

C’est surtout l’histoire d’un fils à papa de la côte Est qui reçoit en héritage la fortune, l’éducation et les relations. Mais aussi l’impunité en cas d’excès de vitesse sous l’emprise de l’alcool, de délits financiers, et de trouille quand il veut éviter la guerre du Vietnam. Mais, ila surtout hérité de son père de la perspective d’être « Président de la plus grande nation sur la surface de la terre ». Le père de Chirac avait formé son fils pour qu’il devienne, au mieux, patron de Dassault. Chez les Bush, c’était Maître du Monde ou rien, les clés de la Maison Blanche leur ont presque été fournies avec les couches à la maternité.

Tu es un peu devenu le Michael Moore Français ?

(Rires)... Moore a signé un excellent film sur W, mais avec une approche très différente de la nôtre, puisqu’il s’agissait d’une charge résolument anti-Bush, pour faire changer d’avis l’électorat Américain. Notre démarche était tout autre : l’une des présidences états-uniennes les plus pitoyables de l’histoire, vient de prendre fin, c’est donc l’heure du bilan, globalement jugé catastrophique, mais Bush, lui, très fier de son oeuvre ! Selon lui, les USA sont encore les maîtres du monde pour un bon bout de temps. Son successeur est coincé : il ne pourra que continuer dans la même voie. C’est hélas de cela dont va hériter Obama s’il est élu...

« Chez les Bush, c’était Maître du Monde ou rien... »

Vous semblez fasciné par George Bush ?

(Rires)... C’est la dimension romanesque de W qui me fascine, celle qui en fait un pur personnage de cinéma : plus il ment, plus les gens le croient parce que tout le monde pense qu’il est légèrement attardé ! On ne se méfie jamais d’un benêt. Il a su admirablement contourner la démocratie américaine, il est parvenu à la vider entièrement de sa substance ! Il a su utiliser à fond toutes les ficelles de la religion protestante pour donner à sa lucrative croisade irakienne un vernis apocalyptique : le triomphe du Bien contre le Mal ! Et le plus terrifiant, c’est qu’il y croit. Il est à la fois terriblement pragmatique et dangereusement fou.

 

 

Avec lui, on atteint des sommets comiques...

À vrai dire, on rit surtout jaune... Le film n’était pas la suite des Ch’tis au Texas, c’est quand même tragique cette histoire. Le plus troublant, c’est que son histoire, c’est la nôtre, puisque le monde est de plus en plus formaté. Et c’est en partie à W que nous le devons. On comprend, en le voyant grandir et évoluer jusqu’au sommet, qu’il n’est pas du tout le semi débile que l’on vanne depuis huit ans : cette faiblesse mentale a été froidement pensée et mise en scène par ses conseillers, des gens pragmatiques, pour qui seul compte le résultat.

Comment avez-vous réuni toutes ces archives ?

Il existe des services d’archives dans toutes les grandes chaînes de télé et les agences dePresse américaines. Elles sont très bien organisées pour le commerce des images. Ils ont commencé la négociation à 11 000 $ la minute, les bandits ! Le souci c’est que leurs archives ne sont pas souvent accessibles par Internet, comme celles de l’INA.

Comment as-tu trouvé l’imitateur de Bush ?

Très compliqué ! Il en existait trois convaincants : l’acteur Will Ferrel, pour lequel il nous aurait fallu le budget de Titanic, Jim Meskimen, qui, outre ses imitations, gagne sa vie dans la pub, et enfin un amuseur télé qui s’appelle Franck Caliendo. Quand il a lu le texte du film, ce dernier nous a répondu : « Vous êtes dingues ? Vous voulez que je ne travaille plus jamais aux USA ? » Jim a donc été choisi.

Toi qui est devenu un expert, quelle est la particularité du « parler Bush » ?

Bush a créé sa propre langue, faite de Bushisms, de malaproprismes, de lapsus, et d’une tendance assumée pour la dyslexie. Ajoutés à cela un accent texan presque forcé, avec la moitié des mots mâchouillés, des proverbes du terroir et des formules à l’emporte-pièce de cow-boy d’opérette. On est loin des nuances florentines d’un Mitterrand. Ce n’est pas un scoop : W n’est pas un intellectuel, mais un instinctif, doué d’intuition.

Le cinéma semble être devenu le terrain de prédilection de l’analyse politique ?

Avec Internet, disons que ce sont en ce moment les deux terrains de prédilection où l’on tolère encore la critique. Mais j’ai bon espoir d’un retour de la liberté de ton à la télé. J’y travaille inlassablement !

À la veille de l’élection américaine, que retiendras-tu de Georges Bush ?

Je retiens cette phrase qui résume parfaitement son « œuvre » : « It takes time to restore chaos ! ». Ça, on peut dire qu’il l’a réussi.

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