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DAFT PUNK

Par Nicolas George le 09-11-2010
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DAFT PUNK : DES ROBOTS ET DES HOMMES

Non mon petit, le groupe Daft Punk a bien existé, ce n’est ni un mythe, ni une affabulation destinée à t’endormir... Crois ce que te dis papa, ce n’est pas un mirage, ce sont simplement deux hommes au génie sans bornes, deux précurseurs, deux potes qui à force de toucher les étoiles sont devenus mi humain mi robot... Très peu de gens les connaissent vraiment, encore moins les reconnaissent, ils sont une énigme, des visages casqués qui deviendraient, à force, presque familiers...

Je vais te compter l’histoire hors du commun de Guy-Manuel et Thomas devenus le groupe culte de toute une génération, les ambassadeurs de la “French Touch“ dans l’univers : Les Daft Punk... Bonne nuit mon petit...

Dossier réalisé par CHRIS



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Guy Manuel de Homem Christo voit le jour le 8 février 1974, Thomas Bangalter le 3 janvier 1975... Non, ils ne sont pas nées dans l’espace, non, ils n’ont pas été déposés par un vaisseau spatial, ils sont nés comme toi petit... À ce moment-là, ils ne savent pas encore que leur destin sera, quelques années plus tard, lié à jamais... Ils se croisent pour la première fois en 1987 sur les bancs du Lycée Carnot, un établissement scolaire du 17ème arrondissement de Paris... Non, ils n’ont pas encore les casques, laisses-moi continuer...

Par contre ils sont déjà tous les deux passionnés par la musique, c’est ce qui va les rapprocher... Mais pas seulement... À cette époque, les deux jeunes mecs se passionnaient aussi pour le cinéma, mais un cinéma très expérimental, mis en scène par réalisateurs à l’esprit extravagant, voir torturé : Alfred Hitchcock, Stanley Kubrick, Peter Sellers, Andy Warhol... Ils s’imprègnent aussi de bon nombre de films d’horreur... Bref l’univers est déjà « So Spécial »... Warhol a été un moteur pour eux car ils avaient l’impression d’assister à quelque chose de subversif et donc de développer eux-mêmes une forme de subversivité. Ils avoueront plus tard avoir été profondément marqué par le film “Phantom of the Paradise“ avec le héros portant une combinaison en cuir et un masque chromé... (Hummm ça rappelle quelque chose...).


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La presse britannique les traite de “DAFT PUNK“ (Punk débile), ce sera leur nouveau nom...

Un jour, ils décident de mettre leur talent et leur connaissance musicale en commun... Ils fondent, en 1992, un groupe de rock qu’ils appellent “Darlin’“ et dans lequel on trouvait aussi Laurent de Phoenix. Thomas joue de la basse et Guy-Manuel chante et écrit les textes. Signé sur le label Duophonic de Stereolab et influencé par les Stooges et MC5, leur prod sort en Angleterre, la critique est terrible. La presse britannique les affuble d’un nom évocateur “Les Daft Punk“ (littéralement, punk idiot)... Qu’a cela ne tienne, ça sera leur nouveau nom de scène ! Tu vois petit, comme quoi il faut savoir se servir d’une défaite et des moqueries pour rebondir. Découragés mais peu échaudés par l’accueil qui leur est réservé et face à l’apathie du milieu rock, ils décident de se tourner vers la techno et la house qu’ils ont découvert via Andrew Weatherall, Primal Scream et The Orb. Thomas qui vient de se voir offrir un sampler pour ses 18 ans commence, avec son pote, à toucher au son. Ils s’imprègnent alors du milieu des clubs et des raves, dont une, en particulier, va bouleverser l’avenir des Daft Punk. Nous sommes en 1993. Une Rave est organisée à EuroDisney...


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Eh oui petit, Mickey aussi “love Electro“ ! Au cours de cet événement, nos deux compères rencontrent les dirigeants du label techno écossais “Soma“, mieux ils leur filent un son qu’ils ont bricolé. Le label est séduit et les fait signer... Le duo adopte ironiquement le nom de Daft Punk et sort en 1994 un maxi deux titres « Alive » / « The New Wave ». Accompagnée d’un cliché des deux gamins (ils n’ont pas 20 ans) à la morgue punk défiant l’objectif, la note de présentation pour la presse dit simplement « techno adolescente française ». Une originalité qui retient déjà l’attention de quelques prescripteurs de tendances outre-Manche... Mais c’est l’année suivante qu’un son retentissant va secouer la planète techno... Les Daft Punk sortent en 1995 le terrible « Da Funk / Rollin’ & Scratchin’ ». Et là tout s’emballe ! Les maîtres de la scène Techno-House de Chicago lorgnent sévèrement sur le titre, les Chemicals Brothers, gourous de la scène Electro mondiale, le jouent même régulièrement dans leurs sets. Ces derniers les invitent même à faire leur première partie, la machine de guerre est en route, plus rien ne peut l’arrêter...


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La machine DAFT PUNK est en route...

Dans le monde de la musique électronique, les plus grands professionnels voient dans les Daft Punk les prémices d’une révolution musicale... La foire d’empoigne qui précèdera la sortie de l’album n’en est qu’une infime preuve... L’industrie du disque est prête à entrer en guerre pour signer les jeunes prodiges. Les majors voit en eux une des plus imparables machines à danser de la décennie et donc une formidable pompe a faire du fric... Les enchères montent, les zéros deviennent de plus en plus nombreux sur les chèques qui sont présentés à Guy-Manuel et Thomas. Cela en devient même indécent tant on atteint des records, c’est du jamais vu. C’est Virgin qui remporte l’affaire, ils s’en frottent encore les mains... La bombe “Homework“ peut alors être désamorcée...

Réalisé à la maison avec peu de moyens, “Homework“ sort fin 1996. La stratégie marketing qui est mise en place est pharaonique et laisse place au mystère entourant le groupe... Et ça a payé ! En même temps, l’album sur laquelle elle s’appuyait était un produit de tout premier ordre. En effet, l’opus est historique, on dira même qu’il y a un avant et un après “Homework“ tant il aura marqué l’époque et la musique de son empreinte.


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Le disque a non seulement lancé la mode internationale de la house filtrée, mais il a surtout annoncé ce qui deviendra une marque de fabrique : « french touch » qui a servi de tremplin à de nombreux groupes français comme Air, Cassius, Superdiscount... La France peut désormais afficher une fierté musicale et surtout d’avoir dans ses murs un vrai courant novateur.

“HOMEWORK“ sonne comme une révolution, elle a pour nom : “French Touch“...

Le phénomène va plus loin... Daft Punk n’a pas seulement contribué, il a tout simplement popularisé la musique électronique techno et house auprès des masses internationales. La preuve la plus marquante ce sont les remerciements qu’ils reçoivent des créateurs de la techno de Detroit et de la house de Chicago pour avoir mis leurs oeuvres en lumière auprès du public américain. Niveau musique, “Homework“ tangue entre house et techno et ajoute la patte décomplexée des Daft, qui n’hésitent pas à tremper leurs sonorités d’échos pop, rock et même hip-hop. Surtout, il aligne les hits planétaires avec insolence, de “Around the world“ à “Burnin’“ en passant par “Révolution 909“, on touche presque au magique ! L’album se vendra a plus de 2,5 millions d’exemplaires dans le monde !


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Mais surtout, la starisation foudroyante du groupe tient au mystère qui entoure les jeunes parisiens... Pour éviter d’être pris au piège et pour contrer le star-system, le duo n’apparaît que masqué ou à travers des photos systématiquement retouchées et évite les interviews. C’est cette “marginalisation“ artistique qui les propulse au rang de phénomène et ce aux quatre coins du globe et peut-être même de l’espace aussi. Cette démarche se radicalisera d’ailleurs jusqu’à la sortie de “Discovery“ où les deux hommes accompliront leur métamorphose finale sous forme de robots ! Après “Homework“, ils partent pour une tournée de quarante dates pharaoniques, exceptionnelles (les superlatifs me manquent...) qui les mènera jusqu’aux Etats-Unis. Cette escapade mondiale démontre la maestria scénique de Thomas et Guy-Manuel qui créent un véritable show en réinventant leur répertoire chaque soir, loin des chichis et de la pauvreté scénique des artistes électroniques alors en vigueur.


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DAFT PUNK, déjà cultes...

Fort de leur succès, le duo s’émancipe encore un peu plus et se lance dans la création de labels. Guy-Manuel crée “Crydamoure“, dans lequel il s’adonne à la house underground, Thoams Bangalter, quant à lui, crée “Roulé“ un label plus accessible au grand public et duquel sortira la bombe de stardust (composé de Thomas Bangalter, Benjamin Diamond et Alain Quême), “Music Sounds Better With You“. Ce bijou pop-house marquera la fin des années 90 et en profitera pour battre tous les records dancefloor avec plus de 1,5 millions d’exemplaires vendus. Déjà à la pointe de la technologie, le groupe va pousser le vice jusqu’à se faire remplacer par des robots pour les interviews, nous sommes en 1999. Avec l’envie d’aller plus loin pour concrétiser leur désir, les Daft Punk rencontrent Liji Matsumoto, le créateur du dessin animé “Albator“ et lui soumettent le concept des clips à venir du nouvel album... C’est déjà culte !

Culte comme cette année 2001 où le groupe décide d’attaquer une nouvelle fois la planète musique... Le premier track a l’essai n’est autre que “One More Time“ avec Romanthony... Il est joué lors d’une soirée “Respect“ c’est l’émeute... They are Back from Space ! Ce titre est le plus gros succès du groupe avec plus de 1,2 millions de copies écoulées. Les clips à la télé défrayent la chronique et se regardent comme un dessin animé, le groupe entre un peu plus dans la légende. Le 13 mars 2001 sort l’un des albums les plus attendus de puis 5 ans : “Discovery“...

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“DISCOVERY“ & “HUMAN AFTER ALL“, la controverse les propulse toujours plus haut...

À la fois encensé et critiqué, il entraîne des controverses aussi bien chez les fans de la première heure que chez les journalistes. Très orienté pop voire disco, l’album s’inspire grandement de certaines références culturelles des années 1980. Il laisse aussi une place importante aux voix vocodées : Thomas et Guy-Manuel s’essayent eux-mêmes au chant sur plusieurs titres. Le succès commercial est là encore particulièrement au rendez-vous. Le groupe obtient deux nominations aux Grammy Awards en 2001 et écoule près de 3 millions d’albums... Un peu plus tard, les critiques s’apaisent et l’album fait la quasi unanimité lorsque sort au cinéma “Interstella 5555 : The 5tory of the 5ecret 5tar 5ystem“ le film d’animation réalisé au Japon par Leiji Matsumoto. Le public découvre une bande son imaginative et ludique, qui n’est autre que l’album Discovery.

A cette époque, toujours à la pointe des nouvelles technologies, Daft Punk utilise le support DVD dès ses premiers balbutiements sur le marché pour sortir D.A.F.T : A story about Dogs, Androïds, Firemen and Tomatoes, réunissant tous leurs clips. En 2001, pour la sortie de Discovery, le groupe met en place un concept intéressant, le Daft Club, en réponse à Napster . Incluse dans le boîtier de l’album, la carte de membre permet un accès internet à un player et à des morceaux inédits... Quelques années après, en 2005, sort le troisième album du groupe ; Human AfterAll... Celui-ci marque un tournant dans la carrière des deux androïdes. Alors que le duo revendique par le titre de l’album son “humanité“, l’album semble évoquer la fuite de notre société vers la plus complète déshumanisation. La encore c’est la controverse... L’accueil est mitigé, les fans de la première heure leur reprochant un opus répétitif et sans âme, les autres le voient comme un concept album fabuleux et novateur. C’est ça Daft Punk...

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L’année dernière, le groupe sort son premier best-of : “Musique Vol.1 1993-2005 “. Parallèlement, une tournée commence avec des dates aux États-Unis (Festival Coachella le 29 avril 2006, devant 35 000 personnes), en Belgique (festival Pukkelpop le 19 août 2006), au Japon mais aussi en France (les Eurockéennes de Belfort). Seulement 9 dates ont été prévues pour cette tournée. Le groupe se produit niché dans une pyramide au milieu de la scène, habillé de costumes de robots, en entouré d’un light show dantesque, du Daft Punk dans le texte ! L’autre événement de l’année est sans aucun doute la sortie de leur film “Daft Punk’s Electroma“ lors du festival de Cannes. Le film raconte la quête d’humanité de deux robots... Tiens tiens ne serait-on pas dans l’autobiographie là ? Bon à la fin ils se suicident mais ils diront eux-mêmes de la fin que : “s’ils se suicident, c’est peut être un espoir, dans une histoire de science-fiction : ça peut signifier qu’ils vont ainsi réussir à devenir humains. C’est le paradoxe du suicide, un acte qui définit une humanité.“ Amen...


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EPILOGUE : MERCI LES GARS !

Tu vois petit, en fait c’est l’histoire de deux mecs ultra-timides, peu à l’aise avec la foule, mais au talent incroyable, presque divin... Deux mecs qui n’ont pas choisi la notoriété mais plutôt l’anonymat, un anonymat qui se révèle tout aussi efficace... Ils pestent contre la SACEM, attaque France 2, ils conservent leur principe sans jamais y déroger...

Grâce à eux, la house a accèdé à la reconnaissance internationale, la jeunesse a trouvé une nouvelle raison de pêter un plomb. Derrière le duo, les artistes ont pris les “armes“ et se sont regroupés sous l’étiquette “French touch“ et se sont trouvés plébiscités aux quatre coins du monde. Déprimés depuis la fin de la disco, les clubs ont retrouvé créativité et vitalité. Daft Punk a vendu des millions de disques... Aujourd’hui Bénabar et sa mine blafarde se la claque en tête des hit-parades, le rock effectue son vingtième come-back, la house ne produit plus rien d’excitant. Aujourd’hui il est branché de cracher sur la “French touch“ alors que la majorité de ses soldats a disparu.... Heureusement, il reste Daft Punk. Ils sont trentenaires. Ils continuent dans la voie de l’intégrité et de la recherche artistique. Leur science du son, leur culture musicale énorme, leur côté, leur sens des affaires, leur approche transversale entre art sonore et visuel se concilient toujours naturellement, avec une grande humilité.


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