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Abd Al Malik

Par Nicolas George le 09-11-2010
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Un nouvel album en préparation, un Olympia en Octobre à Paris, une tournée jusqu’en mars 2008 dans toute la France... Abd Al Malik, grande révélation de la chanson française, continue sa merveilleuse ascension musicale et accumule récompenses sur récompenses (Prix Constantin, Prix de l’académie Charles-Cros, Victoire de la musique catégorie Musiques Urbaines...). Celui que l’on assimile (trop) rapidement à la scène Slam, revient à ses racines Rap et Hip Hop avec son groupe NAP. Rencontre avec un grand Monsieur de la scène française.

Propos recueillis par Nicolas George


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Nightlife : Tu as une actualité de rentrée très chargée et on sent bien ton envie de revenir à tes premières amours : le Hip Hop et le Rap... Tu vas offrir une facette que certaines personnes ne connaissent pas de toi !

Abd Al Malik : Je reviens là où l’on n’aurait jamais dû partir : Paix, Amour et Unité. Le Rap était d’abord « spirituel ». Cette musique est capable de se nourrir des autres musiques : le rock, le jazz, le blues... et de montrer sa pertinence sur le fond et la forme, de dépasser sa condition, ses conditionnements, et de rencontrer l’Autre par la musique. Et pour tout cela, le Rap est mon art.

Tu aimes d’ailleurs reprendre une citation de KRS One concernant ta vision du Hip Hop...

C’est exact, pour lui, le Hip Hop c’était de « l’entertainement », c’est-à-dire que tu peux faire une musique qui soit à la fois divertissement mais aussi une forme d’éducation... Je le rejoins totalement ce point de vue.

Pour l’écriture de ton 3ème album, tu n’as pas la peur de la page blanche ?

Moi je n’ai peur de rien, au moins ça c’est dit ! (rires). Et puis pourquoi la page blanche ? Tant que je rencontre des gens, que je vis des situations, je n’ai aucune peur de la feuille blanche... Ce troisième album ne sera pas une transformation mais une évolution comme tout individu. On grandit et les aléas de la vie nous font voir les choses autrement. Et dans ce sens là, il y a métamorphose de ma part. Mais au sens premier du terme : aller vers le haut, ne pas être pris en otage par les événements, et prendre du recul par rapport aux choses.

On parle aussi beaucoup d’une nouvelle collaboration avec ton groupe, les NAP (New African Poets)...

En fait, on n’a jamais vraiment arrêté de travailler ensemble puisqu’ils ont été énormément présents sur mes albums. Mais là on est sur un projet collectif avec NAP et Wallen. Un projet sur ce que l’on considère être le Rap aujourd’hui, où l’on fera émerger de jeunes artistes. Il devrait voir le jour en novembre prochain...

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« Chaque artiste doit être un Che Guevara ! »

Cette fin d’année est aussi synonyme pour toi de scène, avec un Olympia le 2 Octobre et de nombreuses dates dans toute la France... Tes textes prennent ils toute leur ampleur sur scène à ton avis ?

De mon point de vue, les interviews, les disques ne sont que des prétextes pour que l’on vienne me voir sur scène. Car tous mes héros artistiques prennent leur ampleur sur scène. Pour moi sur scène, il y a quelque chose de singulier, d’organique avec le public. Quelque chose qui se passe dans les yeux : c’est un spectacle vivant, on est dans la vie ! Le disque garde un côté superficiel, enregistré, figé. Une prestation scénique n’est jamais la même et c’est ça qui est merveilleux.

Tu cites souvent Jacques Brel comme référence scénique... C’est le plus grand à tes yeux ?

Brel fait effectivement partie de mes modèles artistiques. On pourrait parler également de Miles Davis, de Nas et même de certains écrivains... Ce qui m’intéresse chez Jacques Brel, c’est cette force d’interprétation, cette façon d’écrire. Lorsque l’on voit Brel sur scène, on a l’impression qu’après, il n’y a plus rien... Il a une manière sans pareil de se donner entièrement. Tous les artistes qui sont dans cette démarche d’authenticité me touchent fatalement et Brel est un véritable modèle artistique.

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L’Abd Al Malik « artiste » est il éloigné de l’Abd Al Malik de la vie de tous les jours ?

Non, il n’y a pas de scission entre qui je suis en tant qu’artiste et qui je suis dans la vie de tous les jours... Si je n’étais pas dans mon cheminement de vie, notamment par rapport à mon évolution spirituelle, il n’y aurait pas eu « Gibraltar ». Mon évolution et l’évolution des êtres, tout est lié, rien n’est séparé. Et je fais « fi » de tout ce qu’on peut dire. Il faut avancer et avancer encore... Aujourd’hui il y a un peu d’intérêt pour moi mais demain il y en aura peut être moins. Il faut donc faire le max de projets maintenant pour aider à ce qu’on avance tous ensemble...

Tu dis souvent vouloir « atteindre l’inaccessible étoile »... Qu’est ce que cela signifie ?

Si il n’y avait pas eu de grands utopistes, de grands rêveurs dans le monde, on ne serait peut être pas là, toi et moi. Il y a eu Martin Luther King, Malcom X, Gandhi... On leur a tous dit « C’est n’importe quoi ce que vous faites ». Mais finalement ils l’ont fait : atteindre l’inaccessible étoile, quoi qu’il arrive. Je ne suis pas là pour dire aux gens ce qu’ils ont envie d’entendre mais pour être moi, avec mes particularismes.

« Le Hip Hop c’est de « l’entertainement » : à la fois du divertissement mais aussi une forme d’éducation. »

On t’a vu dernièrement au Festival Solidays. Est il plus facile de défendre une cause lorsque l’on est artiste et médiatisé ?

Pour moi parler d’artistes et d’engagements, il y a tout de suite un pléonasme. Il y a certaines thématiques qui nous obligent à nous mobiliser tous, comme la lutte contre le SIDA... Quand on est artiste, même si ce que l’on fait, ce n’est pas grand-chose, il faut humblement amener sa pierre à l’édifice...

A t’entendre chaque « artiste » est presque imprégné d’une mission envers le public !

J’estime que chaque artiste doit être un Che Guevara ! C’est-à-dire que l’on invente rien car tout a été fait avant. Mais toute la difficulté est d’être pertinent quand tout a été fait justement ! De montrer qu’il est essentiel de se nourrir de tout et de pouvoir amener quelque chose de singulier. Comme on dit, pour10 000 personnes, 10 000 vérités : à toi d’être LA vérité que les autres suivent. Et de mon point de vue, le Rap est un outil formidable pour parvenir à ça...



Crédits Photos : Bernard Benant
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