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TUNISIANO

Par Nicolas George le 09-11-2010
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Après trois albums récompensés à maintes reprises avec le groupe Sniper, Bachir Baccour aka « Tunisiano » arrive sur le devant de la scène avec l’étiquette « Artiste-Solo ». Son premier album « Le Regard des Gens » vient de sortir et c’est une tuerie. On y retrouve la patte magique de Tunisan’ et des featuring poignants avec Zao et Amel Bent. Le clip de son premier titre « Equivoque » tourne en boucle sur toutes les chaînes, mais c’est dans NigthLife que Bachir vient se confesser…

Propos recueillis par CHRIS


NightLife : Comment as-tu découvert le rap ?
Tunisiano : Au départ j’ai commencé à écouter du rap par le biais de mon grand frère qui était un vrai passionné. Il m’a fait découvrir des groupes comme Public Enemy. Par curiosité j’écoutais un peu ce qu’il écoutait. Mais le vrai déclic s’est produit lorsque j’étais en 5ème. Je me suis retrouvé dans la même classe qu’Aketo et c’est lui qui me fait découvrir, NTM, IAM… J’avais 12 ans et je suis devenu fan. J’ai commencé à écouter Radio Nova, Radio Star et tous les trucs à l’ancienne… A partir de là, on a plus lâché !

Parles-nous de l’aventure Sniper…
Le groupe Sniper s’est vraiment crée en 1997 aux Francofolies de La Rochelle. Au départ y’a juste moi et Blacko et à l’époque le groupe s’appelait encore « Personnalité Suspecte ». Aketo nous rejoint, il fait le trajet Deuil La Barre- La Rochelle. Il monte sur scène avec nous, et là on a senti qu’il se passait un truc et qu’il fallait qu’on parte sur quelque chose de nouveau. J’ai changé mon identité, d’Akem je passe à Tunisiano, Blacko s’appellait Scheol, il devient Black Renega…

Votre premier album « Du Rire aux Larmes » sort dans la foulée, c’est un carton. Qu’est ce qu’il se passe dans vos têtes à ce moment là ?
L’album sort en 2001 et on se disait si on fait 50.000 c’est super bien. Ca veut dire que le producteur il est content, il a gagné un peu de « tune » et nous on est tranquille. Et là, on fait presque 300.000 ! C’est un choc, on a vraiment du mal à réaliser ce qui arrive…

A ce moment là, est ce que la grosse tête vous guette ?
Un mec qui a la grosse tête ne te dira jamais « j’ai la grosse tête ». Ca a plus été du kiffe, je commençais à sécher les cours car j’arrivais plus à assumer les concerts, les promos… Le succès en lui-même, je crois qu’on ne l’a jamais vraiment réalisé que ce soit sur le premier album, le second et même le troisième… On fait double disque d’or sur le premier opus, on fait un concert au Stade de France, on fait les Francofolies, c’est un truc de fou ! Même au moment où je te parle je n’arrive pas à t’expliquer…

Aujourd’hui on te retrouve en solo. Pourquoi ce changement d’orientation ?
C’est définitivement un défi perso… Je vais parler comme Alain Delon, mais c’est un peu : « Bachir est-il capable de faire un album ? »… Sur chaque album de Sniper, on avait déjà pris l’habitude de faire des morceaux en solo histoire que chacun fasse découvrir un peu son univers. Je pense que ça préparait déjà pas mal le terrain pour un virage solo…



Est-ce aussi pour toi une envie d’exister sans sniper ?
Tunisiano sans Sniper, pour beaucoup, c’est possible que ça ne rime à rien. Mais moi je veux prouver que je suis un artiste à part entière et que je peux exister sans le groupe qui m’a fait connaître.

La question à 1 million ! Est-ce la fin de Sniper ?
Je vais te répondre franchement… Moi et Aketo on est prêt à faire un quatrième album, on se côtoie souvent, il n’y a aucun problème… Je pense qu’il vaudrait mieux poser la question à Blacko, c’est lui qui a décidé d’arrêter. Le rap ça ne lui parle plus comme avant, il a envie de passer à autre chose. A cette heure si, c’est lui qui a les cartes en mains pour Sniper.

Ton premier album solo c’est « Le Regard des Gens »… Ca ressemble un peu à une confession, non ?
On peut dire ça comme ça… Je suis ma principale source d’inspiration… Ce sont toutes ces choses que je suis amené à voir, à faire qui m’aident à écrire des textes. C’est seulement quand tu éprouves de fortes sensations ou de belles émotions que tu arrives à gratter des titres. Alors oui, c’est une confession sur tout ce qui m’entoure, mon ressentit de la vie.


« Le rap aujourd’hui n’est qu’un concours de Branlette… »

« Equivoque », le premier titre de ton album est surprenant venant de toi, mais il cartonne… Racontes-nous l’histoire du morceau…
J’étais avec El Khalif, un compositeur de Lyon. J’écrivais un titre et lui composais. Il me dit qu’il a un truc à me faire écouter. Il me fait écouter ce titre avec le fameux gimmick à la Eminem. Je n’ai même pas voulu rentrer dans la polémique du « T’as pompé sur Slim Shady ». Clairement, je le dis, je me suis inspiré de ça. J’ai voulu partir dans un délire avec des instrus de ouf, un délire funk-électro…Ce morceau me donne la patate.

« Solitude », le morceau avec Amel bent est poignant. Pourquoi cette tristesse ?
La solitude est quelque chose qui fait peur. Rien que le fait d’imaginer que tu puisses perdre les gens que tu aimes, ça m’angoisse. Le thème de la solitude est arrivé au moment ou je me suis retrouvé seul en studio, sans mes potes. C’était quelque chose de nouveau pour moi. J’ai voulu crier ma tristesse. Le choix d’Amel Bent était évident pour ce genre de titre. Elle a une voix qui « chiale »…

Quelle est ta vision du rap français aujourd’hui ?
Je ne m’y retrouve plus… Ce qui m’a fait aimé le rap c’était le côté engagé, revendicatif, le miroir d’un malaise, reflet de problèmes de société. Aujourd’hui on a basculé dans du hard core de pacotille, gratuite. Il y a zéro revendication au final, c’est juste un concours de branlette. C’est celui qui aura le plus gros flingue, la plus grosse bagnole, qui est le plus dingue, le plus dangereux. Ce n’est pas ça qui me fait frissonner, je veux que le rap me transmette de vrais trucs.

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