Article précédent
Article suivant

Amy Winehouse

Par Nicolas George le 09-11-2010
Partager cet article :
 Elle a la puissance vocale d’Aretha Franklin, le sang bouillonnant de Tina Turner, la voix de métal des grandes stars de la Motown et une langue décomplexée qui doit beaucoup au hip-hop, qu’elle pratiquait adolescente, elle, c’est Amy Winehouse, la nouvelle diva de la soul. Cette Londonienne de 24 ans s’impose comme la révélation glamour et trash de 2007 : son album, « Back To Black », a déjà séduit 3 millions de fans et lui a valu le Brit Award de l’artiste féminine de l’année. Ses frasques font la Une des magazines, elle est torturée, normal c’est une artiste. Zoom sur Amy Winehouse...

Dossier réalisé par CHRIS


Retenez le nom de cette furia volcanique, car ses belles chansons songeuses à la transpiration soul et aux paroles ivres de rage font date. Son deuxième album, Back to Black, qui vient de la sacrer chanteuse de l’année aux Brit Awards (équivalent britannique des Victoires de la musique), joue une valse entre les sixties prodigieuses des Supremes et le trash alcoolisé de la génération Pete Doherty, dont elle est proche. Ainsi, Rehab est un texte qui sent le tabac froid et parle de désintoxication. AmyWinehouse a une façon bien à elle de tordre les mots pour incarner des airs brûlants aux tons sombres sur la douleur d’aimer et les tempêtes urbaines. On peut pousser la découverte de cette Esmeralda tapageuse et tatouée avec Frank, son premier album (2003), qui vient d’être réédité. Mais qui est cette nouvelle « bombe » de l’industrie du disque, qui défraie autant les chroniques judiciaires que les critiques musicales ? D’où vient-elle, d’où tire t’elle cette aura incroyable ? Toutes les questions que vous vous posez sur la nouvelle star des bacs, NightLife vous apporte des débuts de réponses...

 

 

LA VIE D’AMY, ENTRE SOUL ET TRAGEDIES...

Si Amy Winehouse est sans aucun doute l’une des plus grandes révélations musicales, elle fait régulièrement la une de la presse people pour ses histoires trash, entre drogue, alcool et annulations de prestations. Quoiqu’il en soit, les spécialistes en font une des plus grandes chanteuses soul à l’heure actuelle malgré son jeune âge... Une voix profonde, puissante, abrasive, des inflexions parfaitement maîtrisées qui ne doivent rien au gospel mais tout au pur blues-jazz des femmes malmenées par la vie comme Bessie Smith ou Billie Holiday. On l’a également comparée à Aretha Franklin, Tina Turner, Dusty Springfield, Macy Gray ou Shirley Bassey. Il faut dire qu’elle ne fait aucune concession aux gadgets électroniques en vogue dans le R&B actuel et recrée un son que l’on n’avait pas entendu depuis les grandes heures de Stax, Atlantic et Motown : guitares, piano, drums, tambourins, chœurs, cuivres, violons, une musique organique, humaine, sur laquelle elle chante avec toutes ses tripes des textes étonnamment intimes, personnels, sincères, de véritables confessions où elle ne cache rien de son mal de vivre. Au fond, c’est cela la vraie soul : transcender les tragédies de l’existence.

Amy Jade Winehouse est née en 1983 dans une tranquille famille anglaise du Middlesex ; père chauffeur de taxi et VRP, mère pharmacienne, tous deux mélomanes, comptant parmi leur ascendance juive et anglaise plusieurs musiciens de jazz. Mais la fille est tout sauf tranquille. Boulimique ou anorexique en alternance, bipolaire (maniaco-dépressive, comme on disait autrefois) selon les médecins. Rebelle et risque-tout. Bourrée d’énergie, elle monte un groupe de rap dès l’âge de 10 ans. À 12, on l’inscrit dans une école de théâtre dont elle est virée au bout d’un an pour « manque d’application » et port de piercings. Encore un an d’école d’art et elle abandonne définitivement les études pour travailler sa guitare.

 

 

DIGNE HERITIERE DU RHYTHME AND BLUES...

À 16 ans, elle envoie une démo et décroche un contrat chez Island. Elle sort son premier album en 2003, à l’âge de 20 ans. « Frank » est un disque luxuriant et superbe, très différent de son second opus. D’ailleurs, elle n’en est guère satisfaite et critique les choix en matière de production et de mixage. Sa voix est plus légère, en demi-teintes, et l’ambiance est franchement jazzy. On songe alors à Sarah Vaughan ou Erikah Badu. Mais sous leur matelassage velouté, ses compositions en disent déjà long sur son mal-être. Elle règle ses comptes avec un boy-friend trop mou, distrait et intello. Elle parle du « mélodrame de ses journées », des ses « aventures sans lendemain sous l’emprise de l’alcool », elle chante la « rivière sans retour », « l’amour aveugle », « la haine freudienne », « l’agression animale » et sa « face destructive ». Et elle prononce cette phrase terrible : « Nous devenons tous un jour ce que nous avons toujours détesté ». Ses idoles, en effet, sont Ray Charles et Donny Hathaway.

2003, c’est aussi la rencontre avec Blake Fielder-Civil, un DJ et vidéaste peu connu qui deviendra son mari. Un grand amour, mais aussi une funeste combinaison : Blake est accro aux drogues en tout genre - alcool, héroïne, cocaïne, crack, ecstasy... Et c’est bientôt la dégringolade. Toxicomane, Amy devient squelettique, se couvre le corps de tatouages (des pin-ups très moches), se lacère les avant-bras, aligne des performances catastrophiques, complètement ivre, annule ou interrompt des concerts et des tournées. Amy Winehouse est devenue une cible de prédilection pour la presse people-trash, comme Pete Doherty ou Paris Hilton sauf qu’elle a dix mille fois plus de talent qu’eux. Mais les journalistes et les paparazzi ne laissent rien passer. Le 8 août 2007, elle est hospitalisée pour un malaise qui se révèlera une overdose causée par un mélange de whisky, de vodka, de cocaïne, d’héroïne, d’ecstasy et de ketamine. « Ce fut l’expérience la plus terrifiante de ma vie », commentera-t-elle. « Je veux que ça ne m’arrive plus jamais ». Le 23 août, une violente dispute avec son mari laisse à tous les deux des traces sanglantes de griffures au visage.

 

 

Et pourtant, fin 2006, elle a sorti son second album, le fabuleux « Back to black », dont les textes portent des titres tragiques. « Back to black », c’est le retour aux ténèbres plutôt qu’à la musique noire. D’autres se passent de commentaires : « You know I’m no good », « Tears dry on their own », « Wake up alone », « Life is a losing game »... Cet album rencontre un succès fabuleux et la nomination de meilleure chanteuse anglaise aux Brit Awards 2007. Prince reprend une de ses chansons, elle est remixée par Jay-Z ou Ghostface Killa. Snoop Dogg se déclare tellement bouleversé qu’il décide de chanter désormais des chansons sérieuses et profondes sur la « vraie vie ». Ceux qui ont eu la chance de la voir sur scène aux Eurockéennes à Belfort, son seul concert en France décrivent son show comme « sublime ».

Sur ses deux albums, Frank (2003) et Back to Black (2007), Amy remercie Count Basie, les Beastie Boys, Ray Charles, Nat King Cole, Michael Jackson, Sarah Vaughan, Dinah Washington, The Specials... Toutes ses idoles écoutées petite sur la chaîne stéréo de sa famille (juive d’origine russe) lui ont inspiré un cocktail de jazz et de hip-hop, une modernité rétro qui colle à l’époque.

 

 

UNE VOIX DE BLACK MAMA POUR CHANTER SES DOULEURS...

Amy Winehouse, c’est un poids plume, une brindille de 1,57 mètre, mais sa voix est puissante à défoncer les cieux. Amy Winehouse hante des chansons dérangées d’idées noires qu’elle interprète les mains pleines de coupures et de démons. Ses mots portent la marque des cœurs brisés - dépressions sentimentales, comas mélancoliques, romantisme noir... Elle termine toujours les dernières mesures de son tube Rehab - ou comment la fin d’une histoire d’amour l’a précipitée à 20 ans dans l’alcool - les larmes aux yeux. Car l’amour qu’elle chante est une croix. Sa voix de black mama voltige dans les graves et remonte le temps : on retrouve avec elle la suprême élégance des divas de la soul. La même émotion authentique. Elle dit que ses personnages de fiction préférés sont Lady Macbeth (Shakespeare) qui devint folle et Charlie, le héros de Mean Streets (Martin Scorsese) habité par la figure de saint François d’Assise. Deux luttes avec l’ange.

LE REBELLION DANS LE SANG...

Amy Winehouse, c’est The Lady Is a Tramp du grand Frank, c’est le label « Sinatrash ». Elle est tout entière rebelle au système comme les bad girls de Hollywood - Britney Spears et Lindsay Lohan. Ses dérives, ses passions, ses addictions (anorexie, boulimie, drogue, alcoolisme, automutilation) font la Une des tabloïds anglo-saxons. La vie d’Amy alterne des blancs très blancs et des soleils si noirs. Là où elle passe, c’est avis de turbulence assuré. Le refrain de Rehab, qui l’a fait entrer directement n° 7 des charts américains - un score historique pour une chanteuse britannique - scandait : « Ils ont essayé de m’envoyer en cure de désintoxication mais j’ai dit non non non. » Non surtout à son manager de l’époque, Simon Fuller, qui découvrit les Spice Girls.

 

 

Depuis, la « soûle sister » a perdu quatre tailles de vêtement et elle entretient un vigoureux suspense info/désintox avec ses fans : sera-t-elle sur scène au festival Rock en Seine, près de Paris, fin août 2007 ? - date supprimée officiellement pour épuisement (en fait, les conséquences d’une overdose). Chantera-t-elle droite sur ses ballerines roses à Birmingham pour le premier show de sa tournée anglaise mi-novembre ? Oui, mais elle titubait, le public l’a huée... Depuis, tous ses concerts ont été annulés... Amy la punk ne fait aucun effort pour séduire. Oublie les paroles, se cogne dans tous les coins, chante cru, parle cash. L’an passé, elle a interrompu Bono (U2) qui pontifiait lors d’un monologue humanitaire. Qualifié Madonna de « vieille dame ». Amy s’en fiche : « Je ne regrette rien, je ne m’excuse jamais. » « C’est le retour du rock’n’roll dans la musique populaire », a déclaré son producteur, Mark Ronson, au magazine Rolling Stone. Elle est destroy et pourtant enfantine, secrète, douce et intimidée, drôle et sincère, dépassée par sa passion pour son mari, Blake Fielder-Civil.

UN LOOK HORS DU TEMPS...

Un destin que certains voient tracé à la Janis Joplin... Des reparties dignes de Bette Midler : « Quand je chante, je me sens comme un vieux rabbin. » Et un look d’Esmeralda punk tombée dans la Motown, les yeux étirés vers la tempe façon Cléopâtre. Amy Winehouse est taillée comme Olive mais sa douzaine de tatouages tient de Popeye : Betty Boop, un fer à cheval, le nom de ses ex, de Blake, son chevalier noir. Sa (fausse) choucroute haute de 6 centimètres calquée sur celles des Ronettes abrite ses doutes. « Quand je manque de confiance en moi, je gonfle mes cheveux. Ma choucroute est mon arme secrète. Je ne suis rien sans elle. » Jean-Paul Gaultier a dit qu’elle lui rappelait le mannequin vedette de ses débuts : Farida.

 

 

AMY WINEHOUSE DANS LA LEGENDE...

Elle inspire, séduit, épate les artistes français (Etienne Daho, Vanessa Paradis), les stars anglo-saxonnes. Prince a craqué pour Love Is a Losing Game, les Arctic Monkeys ont joué leur propre version de You Know I’m no Good. Au festival de l’île de Wight, l’été dernier, elle a rejoint les Rolling Stones sur scène pour reprendre avec eux Ain’t too Proud to Beg, des Temptations. A la fin du morceau, Keith Richards s’est écrié : « C’était qui ? Aretha Franklin ? » En 2004, Amy remporte le Grammy Award de la meilleure chanson contemporaine pour son single Stronger Than Me. Initialement annoncée pour assister à la cérémonie des NRJ Music Awards où elle est nominée dans de nombreuses catégories, elle ne sera finalement pas présente le samedi 26 janvier 2008 après qu’elle se soit mise d’accord avec sa famille et sa maison de disque pour entrer en cure de désintoxication.

Amy Winehouse est une véritable artiste au sens large du terme, que ce soit dans l’intensité de ses textes ou de ses prestations ou bien dans les frasques de sa vie privée. Comparée à des Britney Spears ou Paris Hilton, on dira qu’Amy a le talent pour elle et une carrière toute tracée. Et puis, Amy Winehouse prétend que son but dans la vie est d’être une bonne épouse, d’avoir des enfants, et, occasionnellement, d’enregistrer des albums. On est loin de la trash attitude et de fait, elle refuse le cliché de l’artiste autodestructeur : Par contre, avec elle, ça peut aller jusqu’à se graver le nom de Blake sur le ventre avec un morceau de verre, comme elle l’a fait sous les yeux d’un journaliste. A bon entendeur, salut...

 


LE SAVIEZ VOUS ?

-  La chanson Rehab a été inspirée à la chanteuse par une période de dépression qu’elle a traversée en 2005. Son penchant pour l’alcool inquiétait son entourage qui voulait qu’elle aille en « rehab », c’est-à-dire en cure de désintoxication.

-  Amy Winehouse était pressentie pour interpréter la bande originale du prochain James Bond (sortie du film prévue en 2008). C’est finalement Leona Lewis qui a été choisie.
-  Le 8 août 2007, elle a été admise à l’hôpital University College London dans le coma après une overdose causée par un mélange d’alcool, de cocaïne, d’héroïne, d’ecstasy et de kétamine.

-  En janvier 2008, le tabloïd anglais The Sun diffuse sur son site Internet une vidéo d’environ vingt minutes montrant Amy Winehouse à son domicile, filmée par un ami, en train de consommer du crack. Après cette diffusion, encouragée par son entourage, elle accepte d’entrer en cure de désintoxication, mettant entre parenthèses ses engagements professionnels. Elle n’assistera probablement pas à la cérémonie des 50ème Grammy Awards.

-  Le beau-père de Amy se fait du souci. Il a appelé au boycott de son album pour la pousser à se rendre en maison de désintoxication.

-  Le magazine américain Maxim a classé Amy Winehouse deuxième parmi les stars les moins sexy. Elle suit de près l’actrice Sarah Jessica Parker.


ELLE A DIT...

-  « Je m’ennuie, je bois, je m’amuse. J’ai fait des émissions de télé bourrée, et alors ? Mon job, c’est de faire de la bonne musique, le reste m’importe peu . »

-  « J’écoute des groupes des années 60 parce que c’est la musique qui se joue dans les juke-box des salles de billard que je fréquente. »

-  « Je ne pense pas qu’il faille se faire du mal pour créer ; il faut juste vivre les choses intensément. »

-  « Je n’ai pas insulté Bono (U2), je dis juste ce que je pense. On se faisait chier dans cette cérémonie ! »

-  « Je me suis toujours sentie comme un chanteur de soul dans un corps de femme ».

Article précédent
Article suivant