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DJ DEE NASTY

Par Nicolas George le 09-11-2010
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Sans évoquer son palmarès aux différents concours de DMC (trop long pas assez de places), Dee Nasty a marqué à jamais une époque musicale. Pionnier du Hip-Hop dans l’hexagone, il est à l’origine de groupes comme NTM, Assassins ou IAM. Intronisé “Zulu King“ par le mythique Dj du Bronx Africa Bambaataa en 1986, Dee Nasty n’a jamais cessé de se battre pour que survive la culture Hip-Hop. Il revient aujourd’hui sur Radio FG tous les dimanches dans “Eclectic Brunch“... Chapeau bas Monsieur...

Propos recueillis par CHRIS


NightLife : C’est aux Etats-Unis, en 1979, que tu découvres le Hip-Hop... Dee Nasty : En fait j’étais déjà à fond dans la soul. Je connaissais le Hip-Hop, mais en arrivant à San Francisco ce fut le choc ! J’ai découvert une culture urbaine, un mode de vie. C’était visible partout. Il y avait des breakers, des grapheurs, du gros sons dans toutes les rues. Mais je ne m’étais pas rendu compte que derrière tout ça il y avait un vrai mouvement.

Tu reviens en France. Où en est le Hip-Hop ? Existe-t’il un mouvement ?

Quand je reviens en France, il n’y a rien. Il faut attendre 1982 et la venue d’Africa Bambaataa (lors de la tournée “New York Rap City“) pour que le phénomène se déclenche et que l’on prenne conscience que le Hip-Hop est un mouvement. Très peu de gens connaissaient. Il est arrivé avec une philosophie qui a gagné beaucoup de monde. C’était la révolution pour nous.

À cette époque tu “sévis“ dans un émission (“Arc en Ciel“) sur une radio pirate... C’est à partir de ce moment-là que tu as voulu faire découvrir le Hip-Hop ?

Oui... C’était une radio qui émettait sur le nord de Paris. Je menais déjà un combat pour la Funk, le Hip-Hop allait être mon combat “ad vitam“. Ca a été un coup de cœur. J’ai donc commencé à rapper, à breaker, mais finalement je n’étais pas très doué (rires). J’ai donc décidé de faire passer le message par les platines...

En 1987, tu te poses à Nova pour une émission “Deenastyle“ (avec Lionel D) qui va bouleverser à jamais le paysage Hip-Hop en France...

Je crois qu’on a fait quelque chose de pas mal (rires)... À cette époque, il cherchait un Dj pour passer de la musique américaine. Ils ont entendu parler de moi lors des rassemblements Hip-Hop “La Chapelle“ que j’organisais dans un terrain vague au nord de Paris. Ils m’ont proposé des émissions.

“Aujourd’hui, les Dj’s qui se disent Hip-Hop jouent de la merde, en en plus ils aiment ça !“

Tu ne le dis pas, mais c’est quand même à “cause de toi“ qu’on a eu droit aux NTM, Assassins, IAM, Ministère Amer etc... (Rires) !

(Rires). Oui, c’est moi qui leur ai donné de l’antenne sur “Deenastyle“ alors que personne ne les connaissait... On a enregistré des “Mix Tape“, après ils se sont débrouillés (rires)... Ce fut une grande époque de liberté d’expression et surtout de liberté culturelle.

Tu organisais également les mythiques soirées “Chez Roger boîte funk“ au Globo, une grande époque pour le Hip-Hop en club... Qu’en est-il aujourd’hui ?

Clairement il n’y a plus de Hip-Hop en club. Aujourd’hui c’est de la soupe que l’on sert aux clubbers. Avant les gens sortaient pour découvrir des sons qu’ils ne connaissaient pas, maintenant ils viennent écouter plus fort ce qu’ils entendent à la radio...

Ne te sens-tu pas un peu esseulé ?

Carrément ! Il y a beaucoup de Dj’s qui se clament Hip-Hop ! Ils jouent de la merde et en plus ils aiment ça... Pour ma part je continue à mettre en avant un Hip-Hop mature et indépendant. Le problème c’est que mon public est de plus en plus restreint.

Comment se porte le Hip-Hop aujourd’hui ? Comment juges-tu le rap en France ?

Le Hip-Hop en France est en déclin total, seule la scène underground subsiste tant bien que mal, mais combien de temps encore ? Des mecs comme Kalash, ATK ou Kohndo croit encore en ce qu’ils font. Concernant le rap, il y a de tout et n’importe quoi. Booba et les autres ne représentent pas la même chose. Même IAM m’ont franchement déçu... Des dj’s comme Cut (Killer) ou Abdel ont aussi dévié de la route. Ils ne montrent plus le bon exemple. Aujourd’hui, tout le monde peut jouer ce qu’ils jouent.

Aujourd’hui tu poursuis ta “lutte“ sur Radio FG tous les dimanches de 12h à 13h dans l’émission “Eclectic Brunch“. Comment s’est passé ton arrivée dans la “team FG“ ?

Quand Antoine m’a appelé, il m’a dit, on veut un Dj qui mette du vrai Hip-Hop, mais pas de rap français, c’est pas en image avec la radio. J’ai dit ok. Dans “Eclectic Brunch“, j’essaie donc de retracer un historique du Hip-Hop de la fin 70, période Electro, à maintenant.

Tu as exploré beaucoup de courants proches du hip-hop comme l’Electro, le funk, et même la House. C’est ton côté Eclectique ?

Peut-être, mais c’est surtout que tout cela ça fait partie de la même famille... Ensuite c’est une question d’opportunité... Aujourd’hui, “Electro“ est devenu un terme journalistique dans lequel on peut tout fourrer, mais il faut savoir que l’Electro est l’essence même de la plupart des genres musicaux...

Qu’est-ce qui t’angoisse aujourd’hui dans le métier ?

Ce qui me fout les boules, c’est de voir des Dj’s qui s’achètent “Cerato“ ou “Final Scratch“ et qui, pour rembourser leur investissement, n’achètent plus de disques et téléchargent sur Internet. A bon entendeur...

www.deenasty.com

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