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DJs : Profession et carrière

Par Nicolas George le 25-01-2012
Plus qu'une simple passion, le deejaying est devenu pour certains un métier à part entière. Formations, écoles, protection sociale… Autant d'outils désormais mis à disposition de chacun mais qui restent encore peu connues. Lors du dernier salon DISCOM à Paris, plusieurs acteurs du secteur se sont réunis pour présenter leurs organismes et nous parler de leurs expériences. Histoire de mettre en lumière les différentes possibilités mises à disposition de ceux qui souhaitent vivre de leur passion !
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La création d’entreprise :statuts et protections

Trois intervenants ont raconté leur expérience
personnelle afin de nous délivrer les
différentes possibilités qui existent dans le
cadre d’une création d’entreprise.

Axel Lemarié (ANR Prod Booking) :
« J’ai créé une SARL avec un associé.
C’était la forme la plus simple pour nous,
par rapport à nos missions à savoir être
entrepreneur du spectacle et délivrer des
cachets, être producteur de spectacle
vivant dans l’événementiel. N’ayant pas
de matériel, juste des bureaux, je n’ai donc
pas eu de difficulté à trouver une assurance
qui veuille bien nous couvrir. Mon
associé et moi bénéficions d’assurances
côté civil. Et notre contrat avec la banque
lors de l’ouverture de notre compte, nous
a permis de bénéficier d’une bonne assurance
par le biais de cet l’établissement
bancaire. »

Aurélie (Event - Disco mobile) : « J’ai
créé une association à l’origine puis une
micro-entreprise. Il ne m’est pas venu à
l’idée de créer une SARL car je travaille
seule et je ne souhaitais pas m’agrandir,
juste m’autofinancer. J’ai eu de la chance
car avec ma région (N.D.L.R. : en Poitou-
Charentes), j’ai pu obtenir des aides de
création d’entreprise pour les jeunes. Je
suis passée devant un jury pour présenter
mon projet et nous avons été 3 ou 4
personnes sur 15 à avoir des obtenu cette
aide d’un montant de 3 000 euros. Pour
m’assurer, j’ai pris une complémentaire
santé et matériel. Je n’ai pas de local
professionnel où disposer le matériel,
j’ai donc tenu à assurer au mieux tout
mon matériel car c’est mon gagne-pain !
Et comme je travaille seule, s’il m’arrive
quoi que ce soit niveau santé, je ne peux
plus travailler. Il faut donc que j’assure
une rentrée d’argent minimum avec une
bonne assurance santé. »

Christophe Moyne (Pro-Anim) : « J’ai
également opté pour la SARL en 2007
afin de créer une société qui fait de la prestation.
Je m’oriente vers une clientèle de
professionnel du terrain : animation, prestation
technique et artistique. J’ai beaucoup
de matériels donc j’ai pris un local avec
une assurance spécifique contre le vol et les
catastrophes naturelles. Je dépends d’un régime
d’indépendant et je ne touche pas de
chômage si l’activité s’arrête. J’ai donc pris
une complémentaire pour me rémunérer
en cas d’’incapacité. J’ai également pris une
assurance perte d’exploitation. Si par exemple
mon matériel est abîmé à cause d’un
incendie, la compagnie d’assurance va vous
avancer l’argent le temps que vous soyez
indemnisés du sinistre, pour pouvoir vous
financer si vous avez besoin rapidement
de relouer du matériel. L’indemnisation se
calcule au prorata du chiffre d’affaires de
l’année précédente. »

L'avis de Pascal Foy du Groupe
AUDIENS
(organisme de protection
sociale destinée aux intervenants du
spectacle – revient sur les garanties
personnelles) : « Il y a différents types
d’assurance par rapport à différents risques.
Ce dont on s’occupe à AUDIENS,
c’est l’assurance de la personne. Toutes les
garanties qui peuvent être mises en oeuvre
en complément des autres garanties de la
sécurité sociale : invalidité, santé, décès…
Nous proposons des garanties qui sont
adaptées aux professions des artistes, des
techniciens, qui enchaînent les CDD.

L’accès à la formation grâce à l’AFDAS
Cette formation professionnelle existe
depuis 1971. Créé un an après, à l'initiative
des organisations professionnelles
du spectacle vivant, l’AFDAS collecte
aujourd'hui les contributions obligatoires
de 35 000 entreprises au titre de la
formation et répond aux demandes
de financement des entreprises, salariés
et intermittents du spectacle.

Christelle Boissinot de l’AFDAS nous
en présente ces fonctions
: « L’AFDAS
a été choisie par la branche du spectacle
vivant pour collecter et gérer les fonds de
formation des entreprises. Dès qu’il y a
une loi sur la formation professionnelle,
on ne parle pas des intermittents qui
est un public particulier ; l’AFDAS se
substitue alors à l’employeur pour gérer
les formations des intermittents. Notre
organisme gère les formations pour les
secteurs du spectacle vivant, de l’audiovisuel,
de l’exploitation cinématographique,
des espaces de loisirs et culturels dont
les discothèques. Et quel que soit votre
statut, vous pouvez en bénéficier : CDI,
CDD, intermittents et même demandeur
d’emploi. »

En tant que salarié, il est très difficile
aujourd’hui de connaître ses droits. Selon
l’établissement et l’exploitant pour lequel
vous travaillez, vous ne dépendez pas
du même syndicat. En effet, certaines
discothèques adhérent aux syndicats des
spectacles, d’autres à celles de l’hôtellerie
et de la restauration. En fonction des
établissements, vous n’avez pas la même
convention collective. De plus, l’adhésion
d’un établissement à un syndicat ne définit
pas à lui seul la convention collective.
C’est beaucoup plus compliqué ! La règle
est de savoir ce que fait l’entreprise et
quel est son secteur d’activité réel : loisir,
restauration, hébergement... Il faut faire
attention et faire une analyse au cas par
cas pour avoir connaissance de ses droits.

L’AFDAS offre la possibilité aux
personnes souhaitant développer leurs
compétences sur le secteur du spectacle
vivant, d’accéder plus facilement à des
formations. Plusieurs dispositifs sont
mis à leur disposition : le CIF (congé
individuel de formation), le DIF (droit
individuel à la formation) et le contrat de
professionnalisation.
Le CIF permet à toute personne de tout
âge de se reconvertir à des métiers du
spectacle, comme DJ.

Ces formations ne s’adressent pas uniquement
à des gens du métier en précarité,
mais également à des personnes qui sont
sur des secteurs totalement différents et
qui souhaitent faire vivre leur passion ou
changer de métier. Dans le cadre du CIF,
il n’est pas nécessaire d’avoir une relation
entre la formation choisie et le métier
actuel. « Le CIF est accessible à toute
personne. On peut faire toutes sortes
de formations, soit directement liées à
l’univers du spectacle, soit des formations
annexes comme l’anglais par exemple.
J’ai vu certaines personnes demander ce
genre de formations car elles souhaitaient
travailler en tant que DJ à l’étranger !
»,explique Christelle Boissinot.

La reconnaissance du statut de DJ
Axel Lemarié a créé sa société de booking -
ANR Prod Booking - pour réguler le travail
au black : « Ma société de booking s’assure
de ne pas faire employer de DJ au black.
Le black est une réalité, en particulier pour
les DJs sans notoriété car pour eux, il est
dur d’obtenir un contrat de travail dans les
BAM ou les pubs, surtout lorsqu’on est en
voie de professionnalisation. »
Matthieu Jaussaud de Technopol, une
association au service de la musique éléctro,
confirme cette tendance : « 70% des artistes
en semi-professionnels sont au black. Les
artistes subissent les exploitants. La solution
serait de mieux encadrer le statut de l’amateur.
On éviterait le travail au black et le DJ
ne serait plus obligé d’accepter ce genre de
cachets sous la table. Il faut se bouger pour
faire reconnaître le statut du DJ pour qu’ils
n’aient plus à travailler au black ! »
Matthieu reprend sur la mission que
s’est donné Technopol : « On souhaite la
reconnaissance du statut d’amateur de manière
encadrée. Les choses ont changé : les
syndicats sont pour ce changement, ils ont
modifié leur état d’esprit à ce sujet comme
c’est le cas pour la CGT spectacle. Mais le
DJ n’est toujours pas reconnu comme un
artiste interprète. L’Urssaf peut considérer
le DJ soit comme un artiste interprète, ou
parfois comme un technicien qui utilise des
disques. Technopole est en train d’oeuvrer
pour proposer un nouveau statut plus
adapté. C’est un gros travail que l’on s’est
lancé pour redéfinir les terminaisons du
DJ. Artistes, disco mobile, DJ producteur,
compositeurs, remixeurs, artistes… Il y a
plusieurs titres possibles ce qui complique
d’autant plus notre tâche ! Si on prend
l’exemple de Laurent Garnier, il ne produit
plus de mix. En revanche il va sélectionner
des morceaux qu’il va remixer pour y mettre
sa propre sensibilité artistique. Et il remplit
toujours les salles ! Technopole essaye de
faire reconnaître ce genre de profil, on n’est
pas obligé d’être producteur pour être artiste.
Il faut prendre le DJ comme un artiste à
part entière et le considérer comme tel.
Les moeurs évoluent et la musique éléctro
est rentrée dans les moeurs. Il faut que les
statuts s’y adaptent. »

Un problème se pose sur les droits d’auteurs
des DJs : « A savoir que la SACEM protège
les compositeurs mais ne considère pas un
beat mais une mélodie. Quand vous êtes
DJ et que vous superposez des disques pour
créer un mix, il faut prouver que vous avez
crée une nouvelle mélodie, générer quelque
chose de nouveau. Les compositeurs DJ
sont reconnus depuis 1997 par la SACEM,
mais le nombre de compositeurs DJ doit
tourner autour de 200. En revanche, le mix
n’est toujours pas reconnu par la SACEM
comme une nouvelle mélodie car il utilise
des oeuvres déjà existantes. Un DJ qui va
donc remixer des oeuvres déjà existantes ne
va toucher qu’1/12ème des droits d’auteurs,
le reste ira aux auteurs originaux des titres
qu’il aura utilisés. Notre mission consiste
à démonter qu’un remix est une nouvelle
oeuvre à part entière car il y a un travail de
l’artiste sur cette composition. Il y a une
véritable démarche artistique dans le mix
des oeuvres. On y amène sa sensibilité,
sa touche personnelle. Le mix doit être
reconnu comme une oeuvre sur un support
radiophonique. Cela pose d’ailleurs un nouveau
problème sur les spectacles vivants et
éphémères : si la soirée où vous mixez est rediffusée
sur les ondes, le DJ sera lésé… C’est
un long travail à faire mais la démarche a été
lancée par Technopol.

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