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Miss Kittin

Par Nicolas George le 09-11-2010
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Parle nous de ta révélation avec la musique.


Ma première rencontre avec la musique électronique s´est passée dans un club new-wave à Grenoble où j´ai rencontré The Hacker. Comme j´avais besoin d´argent j´ai proposé au boss de devenir go-go dancer comme à Ibiza jamais nue juste pour le spectacle. Une semaine plus tard mes amis et moi sommes allés à notre première rave party.
En 1993 la scène rave bouillonnait on traversait le pays en écoutant à fond des club tapes belges et des DJ sets on ne vivait qu´en attendant le week-end à la recherche des meilleurs DJs qui nous feraient danser.


Comment se sont passé tes débuts dans le milieu du mixe ?

En 1994 j´ai réalisé mon premier mix chez mon petit ami à la suite d´une petite embrouille assez drôle à propos de sa technique. Il a raté un mix je lui ai expliqué mon point de vue il l´a mal pris et il m´a dit de le faire moi-même. J´ai réussi du premier coup. Naïve comme j´étais je me suis dit que c´était facile et j´ai acheté mes premiers disques.
Trois mois plus tard je jouais officiellement dans ma première soirée. Chez moi je n´avais pas de platine juste une boîte en plastique avec 20 disques. Je séchais les cours pour m´entraîner chez un ami avant les soirées. Après trois mois à travailler comme caissière dans un hypermarché je me suis achetée deux platines Technics d´occasion qui venaient d´une station de radio. Je les utilise encore aujourd´hui. En 95 et 96 j´ai commencé à beaucoup jouer dans le pays tout d´abord aux célèbres raves clandestines Dragon Bal dans le Sud mais aussi à Chicago pour Mike Dearborn et à Moscou. Après quelques problèmes à la fac j´ai décidé d´arrêter mes études au moment où le DJing occupait déjà la moitié de mon temps.


Comment c´est passé ta réelle ascension au niveau de la scène mondiale ?

A la fin de l´année 1996 j´ai emménagé à Paris dans une maison très particulière que je partageais avec Sex Toy Rachid Taha et les propriétaires du célèbre club gay Le Pulp. The Hacker et moi avons ensuite enregistré ‘Frank Sinatra´ pour le label de DJ Hell. J´ai alors commencé à traîner la moitié du temps à Genève avec mes amis du label/maison de disques Mental Groove.
Durant l´été 97 j´ai quitté Paris pour Genève. J´ai travaillé pendant quelques mois au magasin de disques Mental Groove.
The Hacker et moi avons finalement sorti notre premier EP ‘Champagne!´ sur Gigolo avec un total de 8 morceaux composés lorsque je passais par Grenoble. J´ai tout de suite commencé à jouer beaucoup plus souvent en Allemagne en tant que nouveau membre de l´agence de booking Gigolo-Disko B.
En 98 le morceau ‘1982´ extrait du EP ‘Champagne!´ a rencontré un succès inattendu grâce aux exemplaires de promotion distribués aux DJs underground de Berlin.

Tu as un emploie du temps bien chargé alors ?

J´ai un job de conseillère en direction artistique chez Mute Records et je donne quelques shows plus ou moins réguliers sur la radio web PBB de Laurent Garnier (www.laurentgarnier.com) depuis septembre 2002.
J´ai enregistré une chanson avec Tricky à Los Angeles et je me suis remise au rock´n´roll.
J´ai donné quelques concerts et Dj sets sur de grandes scènes de festival principalement avec The Hacker avant de décider d´un commun accord de nous accorder un break après cinq années de tournées non stop !
Il était temps de me consacrer à mon projet solo et de mettre en parenthèse pour un temps les concerts et les interviews ne gardant qu´un DJ set par semaine.

Parle nous un peu de ton style?

Le DJing est mon activité principale je travaille chaque week-end dans des clubs ou des festivals depuis 1994. En fait je joue tout ce qui me plaît : de la techno minimaliste en passant par la deep jusqu´à la kicking techno ainsi que des morceaux rigolos ou bizarres des classiques de l´electro peu importe. C´est pour cela que j´ai du mal à décrire mon style. Un set monotone de 2h m´ennuie vraiment. Si je ne m´amuse pas je ne vois pas comment je pourrais amuser les gens.
D´une certaine façon le DJing est quelque chose d´égoïste. Je le crie haut et fort : je ne le fais pas pour les gens. Je n´ai jamais prétendu éduquer le public je partage juste quelque chose de profond en moi et je le fais sérieusement parce que j´aime ça. Michael Mayer (Kompakt records Cologne) a dit : “Il faut s´amuser de manière sérieuse”. Il s´agit avant tout d´un travail et on ne devrait jamais perdre de vue qu´être payé pour donner du plaisir aux gens est un grand privilège. Si les risques que je prends quand je mixe sont ma marque de fabrique ma priorité est toujours de faire danser ceux qui me font vivre. C´est une question de respect.

Et Miss Kittin : icône ou star ?

On ne peut rien faire contre la starification des DJs. Même si je suis contre car nous ne faisons que jouer des disques les gens ont toujours eu besoin d´icônes. En tant que femme je suis fière de faire partie de la minorité. Je ne peux pas dire que j´ai été directement victime du machisme mais c´est un fait nous gagnons généralement moins que les hommes et c´est triste à dire mais on réussit rarement quand on est grosse et laide. Quand on mixe les gens regardent d´abord notre look notre visage nos fringues notre maquillage. Si les DJs masculins ont souvent beaucoup de succès auprès des filles lorsqu´ils sont célèbres ça n´est jamais le cas directement pour nous. Alors que l´attitude groupie est quelque chose de très féminin cela arrive que les hommes fantasment sur nous mais ils ont généralement trop peur de nous approcher et je dois dire que cela m´arrange bien !!!

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