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MySpace : le phénomène tisse sa toile sur le web !

Par Nicolas George le 09-11-2010
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MySpace : le phénomène tisse sa toile sur le web !

On pourrait faire un raccourci (trop) facile en classant MySpace au même rayon que Ebay, MSN, Priceminister et Meetic : des véritables success story sur le web, avec comme dénominateur commun, la mise en relation la rencontre ou l’échange entre internautes. Mais voilà, ce serait vraiment, trop facile… Car le succès de MySpace, et surtout son expansion ultra rapide n’ont jamais eu d’égal. La communauté MySpace, c’est un peu comme un araignée qui tisse sa toile sans obstacle, impossible de l’arrêter… Au point de détrôner l’ogre Google au rang de Roi du Net !


Fondé par Tom Anderson et Chris DeWolfe, MySpace est sans doute la plus belle aventure et réussite qu’a connu le web jusqu’à présent.  Le service était en octobre 2005 le quatrième site le plus consulté au monde derrière ceux de Yahoo!, AOL et MSN et devant celui d´eBay. Depuis, MySpace est devenu le premier site du Web, avec désormais, plus de 110 000 000 d’utilisateurs (!) selon le site. MySpace a même été racheté 650 millions de dollars par le très puissant groupe de Rupert Murdoch, News Corp., en juillet 2005, ce qui lui a donc donné les moyens de ses ambitions. D´après Hitwise, le réseau social MySpace dépasse Yahoo Mail et Google. En deux ans le site affiche ainsi une croissance de 4300%. Un chiffre record d´après les auteurs du baromètre…


Dans une interview au Financial Times, Chris DeWolf, co-fondateur de MySpace, a indiqué que le site allait asseoir son assise en Europe, et à plus long terme, au sein des pays émergents, dont la Chine et l´Inde. Depuis la mi-Août de cette année, MySpace a lancé sa version française sur  http://fr.myspace.com, qui est d’ailleurs encore en phase de développement bêta… Un analyste de Wall Street, Jordan Rohan de RBC Capital, voit d’ailleurs en MySpace l’un des plus beaux Eldorado de l’ère internet avec une valeur évaluée à… 15 milliards de dollars d’ici trois ans ! Sa vision «audacieuse» s´appuie sur l´expérience de l´incroyable et jamais vue progression de l´usage de MySpace, et sur l’incroyable réussite de l’autre poids lourd de la toile : Google (la capitalisation du moteur a atteint les 120 milliards de dollars). L’autre donne à prendre en compte est l’incroyable potentiel pour le monde la Pub que représentent les cent millions d´abonnés à MySpace (voir encadré). Un potentiel qui devrait d’ailleurs ne pas toucher que les plus jeunes puisque selon une étude de l´institut américain ComScore, les membres de MySpace sont, pour plus de la moitié d´entre eux, âgés de plus de 35 ans ! Seulement 30 % des membres du réseau auraient moins de 25 ans. Les adolescents, qui constituaient 25 % de la communauté en ligne il y a an, ne seraient plus que 12 % à l´heure actuelle. Les membres dits « seniors » sont en pleine expansion : 41 % cette année, contre 32 % un an auparavant. Des données qui confirment que MySpace est, en plus, définitivement devenu un site grand public…

 

« On s´échange les adresses MySpace comme on s´échangeait les cartes de visites ou les adresses MSN... »

Mais MySpace, qu’est ce qu c’est exactement ? C’est en fait ce qu’on appelle un site Web de social networking´ (de réseau social pour faire dans la langue de Molière) : il met gratuitement à disposition de ses membres enregistrés, un espace web personnalisé, permettant d´y faire un blog, d´y envoyer ses photos et d´y remplir diverses informations personnelles. Le site possède aussi un système de messagerie qui permet de communiquer entre membres. « N´importe qui peut créer une page et mettre ses photos de vacances en 5 minutes même si cela ne  va intéresser personne hormis les proches. Par contre il existe une hype sur MySpace :  c´est une sorte de concours à qui a la plus belle liste d´amis, qui a le meilleur top, qui a les meilleurs messages sur sa page... » explique MKM, l’initiateur du buzz du moment sur MySpace : Minimal Kills Music (voir encadré).

Enorme Bonus sur MySpace (et principal facteur du succès du site !), il permet par ailleurs d´y entreposer ses sons préférés ou ses compositions musicales, permettant ainsi à de jeunes artistes de se faire remarquer par le grand public, mais aussi à des groupes reconnus d´y avoir une page "MySpace" officielle. « Tout acteur du monde musical se doit d´avoir une page, même à titre indicatif. C´est bien vu et cela permet de communiquer sans frais directement avec ses fans. Beaucoup de labels ou maisons de disques créent des pages MySpace pour leurs artistes quand ils n´en ont pas une eux même. Aujourd´hui on s´échange les adresses MySpace comme on s´échangeait les cartes de visites ou les adresses MSN il y a quelques temps... » confirme MKM.
La très grande fréquentation de MySpace a permis à certains de ses membres d’émerger. C’est le cas de la chanteuse Lily Allen qui a mis sa musique sur son espace personnel, et qui a ainsi vu sa carrière démarrer. Après avoir signé avec Regal Records qui voulait l´envoyer dans une "usine à hits" pour enregistrer son album, Lilly Allen a mis toutes les chansons qu´elle avait écrites sur MySpace en novembre 2005 (http://www.myspace.com/lilymusic). Elle y tenait un journal et de plus en plus de personnes l’ont découverte, grâce aux liens échangés entre internautes ou sur les forums de discussions. Petit à petit, la presse s’est intéressée à elle, et les radios anglaises ont commencé à la jouer… Le buzz a pris progressivement, les dates de sortie ont été chamboulées, et son album est désormais un succès auprès du grand public. Une véritable « success story » made in MySpace !

Bataille autour des droits d’auteurs : « Bis Repetita » sur MySpace…
Le site a d’ailleurs trouvé son credo publicitaire, en proposant prochainement de vendre les chansons ou morceaux de musique de 3 millions de groupes indépendants hors du circuit des ´majors´ du disque. Un beau pied de nez à l’industrie musicale traditionnelle et un véritable coup de tonnerre dans la fourmilière des majors du disque… « Notre objectif est d´être l´un des plus gros magasins de musique en ligne existant actuellement sur le marché", a déclaré Chris DeWolfe. Imaginez les quelques 110 000 000 d’utilisateurs pouvant adhérer à ce service et revendre leurs chansons ou morceaux de musique ! Les chansons seront vendues sur les pages des musiciens, qui devraient fixer eux-mêmes leur tarif ! Quant à MySpace, il prélèvera une commission sur les ventes, dont le montant n´est pas encore fixé…
D’ailleurs, Universal Music ne regarde pas d´un très bon oeil le succès d’un réseau comme MySpace. Doug Morris, CEO de Universal Music, a même déclaré que les réseaux sociaux comme MySpace étaient redevables de "dizaine de millions de dollars". Des tentatives d´accords ont été engagées mais aucune plainte n´a pour le moment été déposée. Et puis avouons que dans le cas de MySpace, les majors vont devoir adopter une stratégie différente de celle qui leur a permis de faire fermer des sites d’échanges P2P sur le net... Car le site de MySpace n´est pas un petit indépendant, depuis qu’il est devenu filiale du géant News Corp., de Rupert Murdoch… MySpace est au contraire, devenu un véritable rouleau compresseur financier et possède une influence énorme dans le monde artistique…
Une nouvelle donne qui fait d’ailleurs grincer des dents certains artistes, comme le groupe de rock anglais 65daysofstatic : « C´est bien pour les jeunes groupes, ils peuvent mettre leur titres en ligne facilement, contacter d´autres groupes, c´est bien quand on débute mais là, ça appartient à Murdoch qui a lancé un label basé sur MySpace, ça devient un moyen de faire de l´argent... (…) On n´est pas contre se faire de l´argent mais ça nous ferait chier que Rupert Murdoch se fasse de l´argent grâce à nous. C´est ridicule. Ce mec est blindé de pognon, il a tout le pouvoir qu´il veut... ». En juin dernier, le
chanteur anglais Billy Bragg a même retiré toute sa musique de MySpace et accusé le site de vol de droits d´auteur. Une crainte concernant l’appropriation exclusive de la musique contenue sur le site par Rupert Murdoch. Sur son blog, Bragg déclarait : “Désolé, plus de musique. Quand un artiste met du contenu en ligne, tout appartient à Murdoch, qui peut en faire ce qu´il veut, sans payer.“ Un grand remue ménage né suite à un élément de la section Terms & Conditions de MySpace où il était stipulé qu´un artiste qui poste n´importe quel contenu sur le site, “accorde à MySpace une licence non-exclusive, sans royalties et internationale pour utiliser, copier, traduire ou distribuer ce contenu à travers ses services. “… De quoi faire frémir effectivement. Mais MySpace a vite réagi et a rapidement tenté de rassurer les utilisateurs : “Les termes ont provoqué une confusion et nous travaillons sur une révision pour que tout soit clair. MySpace n´a besoin d´une licence que pour permettre aux artistes de partager leur musique. Evidemment, nous ne possédons pas leur travail et nous ne faisons rien avec sans leur accord." Ouf, la donne est sauvée… N’empêche que le débat sur la libre circulation d’extraits musicaux sur MySpace risque bien un jour d’éclater au grand jour, comme cela avait été le cas avec les réseaux Peer To Peer, et que certaines batailles d’intérêt vont naître autour de cette industrie nouvelle et cette immense manne financière potentielle que représente le site. Souvenez vous, les experts tablent sur 15 milliards de dollars en 2009… À condition bien évidemment que le phénomène du réseautage social, et surtout de la musique et vidéo en ligne, ne s´essouffle pas. Mais il semble loin d’en prendre le chemin…

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